Cécile MEYER-GAVILLET Fribourg - Suisse
Quelques textes de Cécile :
Présentation : Rien dans mon enfance ne me destinait à l'écriture, ce qui ne m'empêchait pas d'aimer les livres et, à l'école de laisser vagabonder mon imagination, sur trois images ou sur quelques mots donnés, à l'heure de la rédaction. Je dois surtout à ma grand-mère maternelle qui était une amoureuse inconditionnelle de la lecture de m'avoir passé le virus. Elle m'a aussi donné le goût d'écouter avec amour le chant du merle, la complainte du ruisseau, le murmure du vent dans les branches, la musique de la pluie sur le chemin, sur le toit… Lorsque nous étions en tête-à-tête, elle me narrait des histoires enchanteresses, qui me laissaient un bouquet d'aventures. J'étais intéressée par le "comment ça marche ?" Comment ces personnages en perpétuel mouvement, le parfum qui se dégageait, le vent que je sentais presque dans mes cheveux, la pluie, la chaleur, le froid, la neige pouvaient-ils être contenus entre les pages du livre ? Cela m'a permis de faire mes premières lettres, de découvrir l'abécédaire. Puis après mon école "rudimentaire" j'ai suivie quelques cours de français. Seules mes expériences m'ont apporté beaucoup de tolérance sur le plan de la vie, ce qui, plus tard m'a aidé dans ma profession. L'écriture est indissociablement liée à ma personnalité un peu introvertie. Je ne me considère pas comme une femme écrivain, je suis, ce qu'on appelle une "homo faber" (une artisane). Je ressemblerais plutôt au potier qui, de ses mains sort une œuvre venue d'un ailleurs… J'ai aussi été impressionnée par la personnalité d'un grand écrivain de chez nous,
Maurice MÉTRAL, pour ne pas le nommer. Sinon je suis une autodidacte, une indépendante, avec le petit malaise proche du complexe que cela peut laisser. Je n'attribue pas une importance à chaque mot, mais j'aime quand le mot parle directement au cœur. J'aime ouvrir souvent la porte de mes rêves. Le temps jugera : mes mots je les soumets à la patine du temps. La vie, mon côté romanesque, sont là mes sources d'inspiration, le véritable souffle créateur. Cette présence conditionne tout le travail du jeu des mots. Les mots sont l'origine principale de mon échappatoire. Face au texte, je reste souvent timide, je manie les mots avec plus ou moins de bonheur. Lorsque l'œuvre est sur le point de naître, je me sens animée d'une sorte de fébrilité proche de l'inconscience. Lorsque j'écris, je suis aussi fascinée par les images, les sons et les parfums qui se dégagent autour de moi et qui se transposent sur le papier. J'ai l'impression de les voir se mouvoir, se glisser entre la plume et le papier. Écrire, c'est scruter les possibles et rechercher ce qu'ils peuvent offrir. J'écris pour "exorciser" le mal, le doute, les manques… pour me mettre en communion avec le cosmos, pour un plus être, un mieux vivre. Composer, selon moi, c'est apporter modestement ma petite pierre à cette quête de bonheur que cherchent les hommes. La poésie est une veine incontournable de l'écriture. J'ai la conviction qu'une simple histoire représente un naturel qui devrait être le guide de chacun. Une simple histoire, n'est ni plus ni moins belle, ni moins vraie, qu'une grande œuvre littéraire. Les mots simples n'en sont pas moins nécessaires aux développements de la créativité. À travers leur magie, ils décapent aussi très bien l'émotion des choses et des sentiments. Pour écrire, je suis passée par le doute et le déchirement, par des états de grâce naturels et évidents. Passer par ces états est nécessaire à la maturation. Pour demain, je souhaite simplement me diriger vers la lumière et la sérénité, se sont là les matériaux nécessaires à la réalisation de mes projets futurs.
Souffle d’avril… Sur son miroir d’azur penchant sa tête blanche Le cygne au front d’argent, glisse fier sur les flots. Alors que la nuit claire entonne ses sanglots Un frisson vient glisser sur une haute branche. Puis soudain, dans le noir, sur les monts, sur la grève Près des maisons, sous les cyprès, au pied des tours Un cri résonne au loin, rôdant aux alentours D’une vague infernale, une clameur s’élève. C’est un cri si puissant, si morne et si sauvage C’est, dans la paix du soir, un appel délirant. Alors en ce jardin, au parfum enivrant La chanson des enfants s’éteint sur le rivage. Dans l’espace changeant où rôde la saison En cette terre morte où tout reprend racine Une bergeronnette entonne une comptine Sous la lune jaunie et le ciel polisson. D’une branche secrète et d’un arbre inconnu Sa sonate grandit sur la terre endormie En ce nouveau printemps, c’est toute une harmonie, Qui ouvre ainsi ses bras, au beau temps revenu. Devant tant de beauté, je m’attarde rêvant Et bien vite un réseau de grand bonheur m’enlace. Une saison nouvelle entre prenant sa place Tout en chassant l’hiver qui s’en va en fondant. Paysages de vacances Là-bas dort sur les flots l’enivrante Italie Berçant les belles nuits de son ciel toujours bleu. La terre où l’âme vierge, en ses désirs de feu En tendres voluptés, boit la coupe remplie ! Là-bas le Canada, belle immense prairie Où la nature est grande en sa pure beauté, Où les fleuves berçant de leur flot indompté Le rivage isolé que l’hiver ne charrie ! Ici, c’est l’Helvétie que survole un grand aigle, Quand glisse l’avalanche, et roulent les torrents En silence, marchent les randonneurs errants Tout au long des sentiers, où fleure bon le seigle ! Beaucoup plus loin là-bas, c’est la terre d’Afrique Où les peuples s’en vont, sur les chemins déserts Ainsi déterminés, jusqu’aux puits des geysers Dans l’espoir d’un peu d’eau, couleur messianique ! Pourrons-nous réunir, nos ondes séparées Pour que tout homme, un jour, découvre l’idéal Sur notre terre bleue, au parfum floréal Pour le plaisir de boire à nos sources sacrées ! Je n’entends plus au loin le chant des laboureurs ! Seraient-ils sur la route, au pays du bonheur ? En survol de l’été… Jours de détente, de flânerie, de rêverie, d’aventure… A vouloir partir, on devient départ et pour cela, l’avion rapide émergeant vers le lieu où il semble fusionner avec l’azur, dans un langage de liberté, se fait notre allier et le grand oiseau, comme le voyageur, se laisse prendre séparément par l’un et par l’autre. Par l’un qui le transforme en nuage, par l’autre, c’est-à-dire lui-même, pour plonger jusqu’au fond de son propre gouffre où, là seulement, l’étoile entrevue devient accessible. Voler, magie de l’entité humaine, voie navigable de l’intelligence divinatoire. Quoi qu’il advienne le long de son parcours, il n’oublie pas sa destination. Les vacances riment avec liberté, c’est cet éclatement de vie, de temps, d’horaire, de rythme pétrifié, d’ombres non identifiées que l’on souhaite élaguer. Mais l’ombre jaillit légère, saupoudrant de son nimbe le regard, arraché à son espace emprisonné. Personne ne sait les noms de divinité qui lui furent attribués, quand elle était l’avant-hier d’un temps d’attente. Vacances ! Liberté ! En le prononçant le cœur déjà se libère et respire. L’âme va vagabondant dans ces interstices entr’ouvertes. Dans l’aujourd’hui, ces mots ne signifient rien où si peu. En faisant fi des jours, des saisons, avec leurs jeux de couleurs, jusqu’à la neige, cette longue réflexion, qui se voile de brume, certains jours, rend infinie, la promesse des lendemains en attente de naissance. Au milieu de cette tranquille frilosité, de ce goût prononcé pour les grands départs, ces journées que l’on voudrait faite de douce farniente, si par malheur vous osez un regard par la fenêtre de la réalité, c’est certain, on ne peux plus boucler sa valise ! Un ange étoilé passa habillé de bleu qui me fait me recroqueviller sur ma valise. Pourtant, nous n’avons jamais autant voyagé : ce qui alimente nos critiques, emplit nos albums de photos et qui, cependant, nous fait humer avec délice le café au lait enfin retrouvé ! Je me moque ? Non, je connais bien et j’ai si souvent écouté les retours de vacances, c’est pourquoi, j’ai envie de vous parler d’autres voyages, ceux qui se font sur le pas de la porte, ou simplement sur le parvis de l’église un dimanche matin, voire sur la place du marché en déambulant parmi nos questions. Avez-vous pris un instant pour vous dans la journée ? Oh simplement pour laisser à votre regard, un instant de rêve ! Avez-vous respiré l’orchis vanillé à la place des gaz d’échappement ? Mais comment donc voulez-vous partir à la découverte du monde, si vous ne franchissez pas la porte de votre cœur ? Je vous souhaite quand même un bon voyage ! Mots sur maux ! Le poète est là pour mettre des mots sur les maux. Sa plume sert enfin à tracer des mots pour échapper à la morosité. Pour prendre de la distance avec la rancune du ciel sans soleil, avec les nuages trop percés, les étés boueux, avec le mois d’août sans vacances. Pour réparer ces averses, le poète qui sommeille en moi, cherchera un vocabulaire bleuté pour expliquer que, depuis quelques jours. La pluie tombe sans discontinuer, je dirai que «les oiseaux font pipi sur le bord de la fenêtre». J’inventerai des mots couleurs arc-en-ciel. Un prénom à une fleur anonyme. Baptiser une cheminée qui ajoute son panache au brouillard traînant sur la ville. Faire de la musique au-delà du silence. Quand la musique est trop bruyante, le silence par son nom secret. J’appellerai le vent «passine» ou «souffline». Un nouvel idiome, pour tout ce qui passait près de moi. Un «crise de ciel» pour un avion, un «saute-motte» pour un lapin, une «semeuse» quand une fille tombait (sans méchanceté). Enfin des mots drôles, comme lorsque j’étais enfant et que je me racontais des histoires venues d’ailleurs, pour oublier les maux de la vie. Une étoile qui s’allumait après les heures : «une chandelle en passe», mais elle était là, et le rêve pouvait continuer. Comme c’est étrange, en devenant plus grand on oublie de faire des jeux de mots… Voilà pourquoi, il y a tant de maux ! UTOPIE Sous le vent, le génie, au fond du caniveau Faisait éclore un monde éblouissant de charme Quand sa lyre créa, notre univers nouveau Par l’écho de ces chants qui résonne sans arme ! L’ivresse envahissait le Créateur du jour. Sous le feu de son ciel remplissant son délire La Terre doucement, sortait de son séjour C’est là que son récit, se donne enfin à lire ! La page écrit l’histoire, où danse le bonheur La musique du fleuve, où notre âme se trempe Dans l’abîme inconnu, sortant de sa torpeur Quand la nuit désolée étouffe notre lampe ! La harpe sur l’épaule, un bâton à la main Parcourant ainsi nos routes sablonneuses Apportant à qui veut, l’espoir du lendemain Sous l’orage soufflant ses bardes savonneuses ! Aux pieds des grands palais, mon rêve a chaviré Dans les lointains d’azur se lève la montagne Tout un monde incertain, dans l’espoir déchiré Où la colombe a fui notre verte campagne ! Oh ! Je voudrais bondir vers des continents vierges Près des cieux inconnus où dort l’éternité. Qu’aucune main jamais n’a défloré les berges Des matins lumineux, dans la sérénité ! TOI QUE JE NE CONNAIS PAS… Tu es le passant noir qu’on évite à la brume Mais auquel un enfant, quelquefois, fait accueil Et que l’on voit, le soir, accroupi sur le seuil Avec sur les genoux, une assiette qui fume ! Tu es l’errant perpétuel des routes grises, Le banni de l’espoir d’un lendemain meilleur. Dès l’aube, va marchant de méprise en méprise Et toujours le remords de n’être pas ailleurs ! Et puis les souvenirs, tu les as oubliés, Le nom de tes parents, le nom de tes souffrances, Ton âge et ta jeunesse, et tes rêves dorés Et les larmes versées, toutes tes espérances ! Tu vas mendiant traqué, sans pain et sans abri Poursuivant les passants d’un regard en détresse Au seuil des cabarets dont s’embrase la nuit Sous un ciel nuageux, tout transi par l’averse ! Tu passes sur nos routes en chantant à tue tête Jour après jour, au gré des plaines et des bois, Selon les horizons, les saisons, les tempêtes Et s’en va un soir, sans qu’on sache pourquoi ! Tu es le vagabond qui intrigue et fait peur Car tes mains ont gardé la force de l’étreinte Et tu es le passant que l’on évite à l’heure Où la cloche du soir, sur les champs, passe et tinte ! Bientôt, à l’heure lente et bleue où les toits fument Vers la sérénité de l’aube toujours claire Et, tournant vers le ciel ton front nimbé de lune Tu t’en iras là-bas, cheminant solitaire ! DES MOTS, DES MOTS POUR DIRE… Des mots, seulement des mots pour dire. Des mots que l’on dit, que l’on écoute Comme un chant d’oiseau, une rivière Le vent dans les branches, le tic-tac de l’horloge. Des mots qui s’écrivent comme une vague sur l’eau. Des mots étincelants comme une aurore, Mais hélas, leurs éclats se ternissent Bien souvent au contact de la vie Et plus rien ne reste du météore Ces mots, ces mots rêvés au cours Des longues veilles, le long des chemins. Ces mots composés au cours des nuits solitaires Ces mots venus d’un ailleurs échappé Ces mots que l’on imagine et qu’en songe on respire Souvent perdent au matin leur délicat parfum. Je voudrais entendre des mots savants, Des mots brillants, des mots insaisissables Comme des perles de rosée sur l’herbe du pré. Elles reflètent tant d’images, tant d’arcs-en-ciel Aux reflets chatoyants, d’un ciel inaccessible. Tout un dictionnaire de mots, de superlatifs, Décrivant l’actualité de chaque jour Rapportant la joie et l’espérance. Des mots qui viennent déchirer le cœur Que l’angoisse étreint déjà si douloureusement. Dans ce monde en mal d’identité, Perdu dans son désordre organisé. Je voudrais entendre ces mots qui disent Le Concerto énigmatique et fantastique, Né de l’inconscient féerique et secret. Ces mots qui interpellent un monde poétique Où l’homme se rapproche de l’infini ! ARC-EN-CIEL Entourant notre terre avec ton léger voile Tout se calme soudain, dans l’ultime secret Que garde la magie enfermé dans sa toile De même le silence est pris dans ton filet ! En ces tendres couleurs éclairant le village Fantaisie en plein ciel, vient sceller le serment. La grâce poétique insufflant son message Captive le regard scrutant le firmament ! Le soleil enchanté couvre le vallon vert L’azur prend la beauté naïve des légendes. Une musique étrange effleure mon désert Long cri de solitude éclatant sur les landes ! Au loin, ses rayures, s’allongent de paresse S’étirent mollement, puis vont s’évanouir Dans le souffle du vent, soudain, simple caresse Dans l’heure du soir qui laisse entendre un soupir ! Au jaillissement nu, mon âme s’en alla Cueillir dans son miroir, un rayon de lumière. A jamais accablé d’azur, le jour s’en va Comme l’ombre du temps, s’endort dans la rivière ! Les remous pailletés de lumière charmeuse M’attirent vers la grève à l’éclat scintillant. L’arc-en-ciel s’évapore, alors que luit, frondeuse La lune, par-dessus le feuillage accueillant ! DÉRAISON Sur un papier brouillon, j’avais couchés deux mots L’ayant froissé d’un coup, se retrouvant par terre. Quelques instant plus tard, Dieu sait par quel mystère, Sa boulette prenait… de l’ampleur au repos ! Surprise, pour le moins, déposant sur ma table Cette feuille ordinaire aux réflexes troublants Je défripai de suite, avec des doigts tremblants Ce message jeté, devenait discutable ! Pour adoucir les mœurs d’un monde halluciné Avec force, il faudrait semer la poésie Ecrire l’espérance, en toute frénésie Un seul mot à la ronde, un vers illuminé ! Le monde porte en lui toutes nos espérances Entre ces deux grands mots : Amour – Éternité Ecrits ou griffonnés pour la postérité A l’encre bleue ou noire, offre ces délivrances ! Depuis cet instant là, la boule de papier Par la vague ou le vent, emmené sans ambages Aux portes du destin, déposant ses bagages Raconte son histoire, en comblant mon panier ! TERRE VIOLEE Lorsque je revois tes sommets Terre violée Les plaies de tes vastes forêts Veine violée ! Je pleure en lisant le journal Cherche entre les lignes Entre ces mots soudain banal Un espoir, des signes ! Aussitôt en cette mémoire Déchirantes voix Aux accents de tant de déboire Un chant d’autrefois ! Ce fait entendre notre monde En l’immense ailleurs S’offrant ainsi dans une ronde Un feu intérieur ! Emprunté à notre faiblesse Pour l’éternité Tout brûlant comme une promesse D’immortalité ! Glèbe éclairée d’une lumière Qui n’est pas d’ici Tout étrangère à la matière A la terre aussi ! J’entends ton cri dans ton silence Ton souffle égaré Quelquefois un air de souffrance Dans ce sol creusé ! Tant de souvenirs, tant de rêves Tout ce qui n’est plus Formidablement, tu soulèves Ce qui fut perdu !
Cascatelles "Ces arpèges de mots bercés en sourdine, sont autant de tableaux que nous offre la nature où glissent les strophes du silence où furète la beauté, en une liturgie de la rencontre, éclairée par une iconographie de Jacques Perrenoud, où l’inspiration côtoie des architectures nouvelles. A l’instar d’un petit coin de parapluie et Parfum de rose " (calligrammes) Mark Leese
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