Catherine Oelhoffen 33 - Mérignac
Présentation : Signe particulier : non-voyante (atteinte de cécité totale) E-mail : c.oelhoffen@wanadoo.fr D’origine alsacienne, née en Charente Maritime, je suis bordelaise de cœur, habitant cette très belle ville depuis 53 ans. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . CURSUS Très malvoyante depuis l’enfance (acuité visuelle inférieure à 1/20 dès l’âge de 10 ans), j’ai cependant suivi des études dans un lycée ordinaire et obtenu le baccalauréat comme toute candidate, sans aménagement particulier. Admise en qualité d’institutrice remplaçante au sein de l’enseignement laïc, j’ai exercé durant 3 années. Malgré plusieurs inspections élogieuses, ce fut au moment de passer le C.A.P d’instituteur qu’une visite médicale révéla l’importance de mon handicap ; alors radiée en raison de ma vision beaucoup trop faible, je fus immédiatement «remerciée» sans aucune indemnité. Ce fut alors le mariage puis la naissance de mes deux enfants auxquels je me consacrai pleinement. 1977- Devenue totalement non-voyante, mes enfants ayant grandi, j’entrepris alors des études universitaires suivies de nouveau normalement comme tout candidat voyant et obtins une licence de russe. ACTIVITE PROFESSIONNELLE (à titre bénévole). 1983- Divorcée, je me consacre totalement à la vie associative. Très rapidement élue administratrice de l’UNADEV (Union Nationale des Aveugles et Déficients Visuels) ; j’en deviens vice-présidente en 1988. Je fus, dès 1987, nommée directrice de l’école de Chiens Guides fondée par l’UNADEV deux ans auparavant. Dans cette belle école, moderne et fonctionnelle, tout restait à mettre sur pied. Je dirigeais également (toujours à titre bénévole), la seconde école ouverte par l’UNADEV en 1988 à Biot dans les Alpes Maritimes. Aujourd’hui ces deux écoles sont devenues associations à part entière, gérées par de nouveaux conseils d’administration, indépendante de l’UNADEV mais cependant toujours liées avec cette association par des conventions de partenariat. De directrice, je suis donc devenue présidente de la nouvelle association «Ecole de chiens guides Centre Aliénor». Elue en 2000 en Grande Bretagne au comité directeur de la Fédération Internationale des Chiens guides, je fus sollicitée par mes collègues (tous masculins et tous voyants) pour présider le premier colloque traitant de la recherche en génétique canine, colloque international organisé à New York en 2002. En 2006 à Bruxelles, à l’occasion de la création (par les Anglais) d’une fédération Européenne des chiens guides, je fus sollicitée pour le discours officiel du lancement de cette fédération dont l’objectif est de normaliser à travers les différents pays de la communauté, la législation concernant la libre circulation des chiens guides et des chiens d’assistance des personnes handicapées. Activités parallèles En 1985, j’ai créé une revue sonore sur cassette, revue mensuelle pour non-voyants, laquelle perdurera jusqu’en 2000. Un temps rédacteur en chef du magazine national trimestriel "La Canne Blanche", je suis toujours actuellement rédacteur en chef du magazine «Chiens Guides». Mais je me suis également engagée dans la lutte contre la discrimination homme/femme au sein des associations de déficients visuels. Ainsi, élue administratrice de la Fédération des Aveugles de France, en 2000, je fus désignée pour représenter la France au sein de la Commission des femmes de l'Union Européenne des Aveugles, choisie pour présider cette commission en 2004 et choisie également pour représenter les femmes aveugles européennes au sein de l’Union Mondiale des Aveugles. De même, je fus désignée pour représenter les femmes aveugles européennes à la commission des femmes du Forum Européen des Personnes Handicapées (tous handicaps confondus) : FEPH dont le siège est à Bruxelles (2000-2004). Forte de toutes ces expériences, en 2004, je fondai ma propre association des femmes aveugles et malvoyantes : l’AFAM (association devenue nationale en 2006). Dans le cadre de cette association l’AFAM, chaque année, j’organise un séminaire et chaque année dans une ville différente. Bordeaux, Nîmes, Nice, Lorient, Marseille, Strasbourg, Toulouse, Limoges ont déjà accueilli ces séminaires. Le prochain(2010) est prévu à Paris. Grâce à l’aide du club Soroptimist de Bordeaux, l’association a désormais son site Internet www.l-afam.fr. Outre la lecture et la rédaction de nombreux articles, je dois dire que j’aime particulièrement écrire. J’ai publié un premier recueil de poésie «Comment imaginer» (épuisé) puis un roman autobiographique «Les maisons de Clémentine» que l’on peut trouver sur Internet aux éditions Le Manuscrit. Actuellement, j’ai adressé trois nouveaux ouvrages à des éditeurs dans l’espoir que ces textes retiendront l’attention des comités de lecture mais… Il s’agit de deux nouveaux recueils de poésie, l’un traitant essentiellement du handicap visuel (alternant humour et sérieux), l’autre abordant un peu tous les sujets, ainsi qu’un ensemble de nouvelles ; attendons et nous verrons. Cependant, malgré mes responsabilités et malgré toutes mes activités, je tiens à consacrer du temps à ma famille, enfants et petits-enfants, surtout à ma dernière petite-fille âgée de cinq ans. J’ai été décorée de l'Ordre national du mérite (1998).
Quelques textes de Catherine :
Site du centre Alienor : www.chiensguides-alienor.com
CONNAISSEZ VOUS DAME BETISE ? Envahissante et lourde, Dame Bêtise est grosse… Sur les pieds elle se hausse et de vous elle se gausse. Connaissez-vous engin qui en viendrait à bout ? Elle est bien plus que tout, elle est bien plus que vous ! Glissante autant qu’épaisse, Dame Bêtise est grasse… Elle emplit tout l’espace, on la suit à la trace. Connaissez-vous moyen pouvant la contenir ? Voudrait-on la réduire on devra la subir ! Médisante et commère, Dame Bêtise sait tout… Comme un paon fait la roue, elle est fière comme un pou. Connaissez-vous secret qu’elle ne sut tôt ou tard ? Ragots du père Fouettard, rumeurs et racontars ! Suffisante et bavarde, Dame Bêtise agace… Elle pérore et croasse, elle picore et jacasse. Connaissez-vous moulin pourvu de pareil zèle ? On en appelle au ciel mais elle est immortelle ! Ignorante et fermée, Dame Bêtise est sotte… Sur des riens elle ergote, sûre de tout elle complote. Connaissez-vous esprit plus atteint que le sien ? Hélas bien moins que rien, Dame Bêtise va bien ! Ami si je pouvais… Si je pouvais saisir un morceau d’arc-en-ciel, Rien que pour un sourire au coin de tes prunelles, Je le ferais pour toi, pour que de ses couleurs, Jaillisse un feu de bois qui brûlerait ta peur. Si je pouvais bâtir un château en Espagne, Je le voudrais construire en haut de la montagne, Je le ferais pour toi, pour que dans cet asile Où seul tu serais roi, plus rien ne soit hostile. Si je pouvais emplir mon sac de ton fardeau, Je m’en irais courir le jeter dans les flots, Je le ferais pour toi, pour que ton cœur enfin, Délivré de ce poids oublie tous ses chagrins. Hélas ne puis bâtir ni château ni chalet, Je ne saurai t’offrir que mon amitié vraie, Mais elle n’est que pour toi, pour qu’ensemble nous deux, Nous voguions dans la joie vers un ciel lumineux ! CONTE DE FEES "Miroir, gentil miroir, dis moi si je suis belle" Implorait la Princesse aux yeux privés de ciel. Mais le miroir têtu, obstinément muet, Refusait de répondre à ces yeux sans reflet. A quoi bon pensait-il user de mes pouvoirs Pour quelqu’un d’inconnu et qui ne peut rien voir… Ce serait pur gâchis ! Mieux vaut rester discret, Sur cette anomalie gardons notre secret. La Princesse angoissée par ce troublant silence, Reposa sa question aux eaux du lac immense. Mais le lac à son tour ignora la demande. A quoi bon pensait-il rejouer la légende… Jadis mon beau Narcisse épris de son image Vînt me rejoindre au creux du lit de mes rivages, Tandis que l’étrangère aux yeux couleur de paille, Proie dépourvue d’appât ne me dit rien qui vaille. Ne sachant vers quel Saint tourner son désespoir S’en remit au Seigneur qui ne fut plus bavard. La pauvresse abattue par tant d’indifférence Alla cacher au loin sa peur et sa souffrance. A jamais convaincue d’un disgracieux paraître Puisque nul ne voulait lui faire rien connaître, Ecrasée par le doute, allongée sans mot dire, Attendit que la mort vienne enfin la cueillir. C’est alors que survint un beau Prince Charmant. Relevant la Princesse il lui dit tendrement: - "Je t’ai cherchée ma douce à travers l’Univers, Pourquoi sur cette mousse es-tu couchée par terre ? Que vois-je ici ma Mie : des yeux emplis de larmes… A-t-on droit de pleurer quand on a tant de charme ? VIVRE ENSEMBLE Sur un banc côte à côte un aveugle et un noir Assis dans leurs pensées déploraient sans se voir, Qui son teint pain brûlé disant qu’il était «nègre» Et qui ses yeux trop blancs n’abritant que ténèbres. Fatigué de ce noir qui lui colle à la peau, Las de se voir risée comme singe en zoo, Au reste indifférent le nègre dit plaintif : «Ah que j’en ai assez de ce monde agressif !…» L’aveugle interpellé par le ton de ces mots Et de l’homme ignorant le pourquoi du propos, Voulut à ce voisin redonner quelque espoir. – « Qui vous rend si amer et pourquoi voir en noir ? » « Ah ça monsieur vraiment vous le faites exprès ! Où que j’aille on m’insulte en raison de mes traits ! » Les yeux blancs étonnés par ce soudain revers, A leur tour offensés se teintent de colère. « Comment donc osez-vous sans vergogne accuser Quelqu’un juste occupé à vous vouloir aider?… Votre prompte aptitude à entrer en querelle Peut bien être raison de vos tracas actuels ! » Le nègre comprenant se confond en pitié. L’aveugle est à ces mots plus encore irrité. Il n’entend pas qu’on geigne au vu de son malheur, Car lui seul a le droit de pleurer sa douleur. Après que chacun d’eux eut déversé sa bile, Repus de «bonne foi», apaisés et tranquilles, Se rencognant ainsi chacun dans son bon droit, Méfiants l’on s’installa dans un mutisme froid. C’est alors qu’un enfant morveux et malappris, Avisant sur le banc les deux hommes assis, Se mit à chantonner : négro ! miro ! conneau ! Les cibles indignées montent sur leurs ergots ! « Voyez moi ce voyou, ce gredin chenapan ! » Mais l’insolent fuyard trébuche et se répand… Il a mal et il pleure il appelle au secours, Le noir se précipite il arrive il accourt… Il faudrait le panser et aussi le moucher !… Le noir n’a rien en poche et ne sais que tenter. L’aveugle offre un mouchoir et de ses doigts savants, Effleurant le blessé essuie larmes et sang. Maintenant l’on s’affaire on console on câline, On se réconcilie à la glace aux pralines, D’un gros baiser mouillé le vaurien remercie, Il ne le fera plus c’est juré c’est promis. Sur un banc côte à côte un aveugle et un noir, Assis dans leurs regrets de n’avoir su se voir, Se disent que peut-être ils feraient beaucoup mieux De se montrer courtois plutôt que belliqueux !… On oublie les mots doux on reprend au début, On échange un bonjour et son nom et sa rue, On s’explique on s’excuse et l’on se congratule, On est heureux enfin de sortir de sa bulle. «Je suis si seul dit l’un et si plein de rancœur…» - «Moi je cherche quelqu’un pour me conter les fleurs,, L’arc-en-ciel et l’oiseau le coucher du soleil…» - «Je vous dirai le lys et la rose en corbeilles!» Si l’on voulait sentir que « l’Autre » a ses chagrins, Si l’on savait offrir un sourire une main, Si l’on voulait penser que « l’Autre » nous ressemble, On devrait je le crois beaucoup mieux vivre ensemble !… FRANCE Il était une enfant tapie tout près d’un train, En gare d’Orléans il était un matin… Mais le ciel embrasé par de soudaines flammes, Sombrait dans une nuit épaissie par le drame. Il était une enfant qui roulait vers Paris, Accueillir des fantômes, lutter contre l’oubli… Images englouties à jamais oubliées, Perdues dans la mémoire pour ne pas l’étouffer. Il était une enfant quand les armes se turent, Qui parcourut la France aux atroces blessures… Le maître de ses jours soucieux de son savoir, Voulait lui enseigner la grande et belle histoire. Il était une enfant, pieux pèlerinage, De martyrs en bourreaux qui partit en voyage… Désolation première en Royan pauvre ondine, Silencieuse et nue, honteuse sous ses ruines. Il était une enfant qui croyait qu’aux balcons, L’on accrochait des fleurs pour orner les maisons… Mais aux balcons de Tulle transformés en potences, L’on pendit tous les cœurs qui vibraient pour la France. Il était une enfant qui pensait que l’amour, Emplissait les églises mais le sang d’Ouradour Débordant du clocher coulait encore à flots, Sur les murs maculés et creusés de sanglots. Il était une enfant qui parvint à Belfort Et qui comprit soudain que le Lion était mort… Souvenirs si présents à jamais incrustés Dans une petite âme à jamais écrasée. HISTOIRE VRAIE LUMIERE DOCTEUR ! D’aspect tout ordinaire en dépit de leur nuit, Mes grands et beaux yeux verts séduisants pour autrui, Me valurent parfois de vivre des instants Où l’humour me sauva du découragement. Plantons là le décor de l’une de ces fables Où Saint Jean Bouche d’Or et moi bien pauvre diable, Echangeâmes des mots, des mots pour échanger A propos de mes maux, des mots à raconter. Des soucis importuns m'avaient un jour conduite Auprès d'un praticien de grand nom et mérite. Me voici dévêtue, allongée sur le dos, Livrée à demi nue aux mains de mon "bourreau". Attentive à la voix qui explique en détails Le comment le pourquoi du feu de mes entrailles, Je suis le narrateur inquiète et concentrée, Je suis le professeur dans son bel exposé. Quand soudain sans raison et sans ménagement, L’orateur s'interrompt et dit abruptement: - "Ne pourriez-vous madame un peu me regarder Alors que je m’acharne à vous vouloir parler?" Tournant vers lui mes yeux je sors de ma torpeur: - "Oui je pourrais monsieur mais je crains bien Docteur..." Il comprend en un trait l'erreur qu'il a commise, Se confond en regrets honteux de sa méprise... Navré de cet écart, confus et bredouillant, Il redouble d'égards et se fait prévenant… Et je t'aide à descendre et je te prends la main ! Et puis je me fais tendre et je me fais câlin! Je dois me rhabiller : l'entrevue se termine, Aimable il me conduit jusque dans la cabine. - "Pour être pardonné que pourrais-je bien faire ?… Mais oui bien sûr je vais allumer la lumière !"… Et je ris sans réserve et lui hésite un peu, Puis rions de conserve ensemble tous les deux Quand lui le généreux offrait de l’éclairage A une aveugle aux yeux à jamais sans image !… L’on peut être grand Maître à panser les blessures Et ne pas reconnaître un nez dans la figure… Celui-là j’en suis sûre retiendra la leçon De ne plus faire injure à qui n’a que le son !… J’ai tout ce qu’il faut… J’ai un jardin et j’ai un toit, J’ai des voisins et un emploi, J’ai cinq enfants des grands des p’tits, J’ai un amant et des amis, J’ai un beau chien et deux gros chats, J’ai un jasmin et deux lilas,, J’ai la radio et une antenne, J’ai un piano et trente chaînes. Je n’ai pas faim je n’ai pas froid, Le cœur va bien et bien le foie, Que veux-je encore en plus en mieux? Pas des yeux morts je veux des yeux … Vilains les miens sont tant jolis, Mais ne voient rien du nez d’autrui ! J’ai dans le coin le coin de l’œil, Un truc en moins un truc en deuil… J’ai pas de bleu j’ai pas de vert, J’ai dit adieu à la lumière, J’ai pas de choix : j’ai pas de ciel, Mais à part ça j’ai l’essentiel… Pourtant c’machin ça me chagrine, Et le chagrin ça me machine… Un seul atout vous fait défaut, Et c’est un coup du sort en trop ! LA METAMORPHOSE Au creux de doux calice, amour a déposé Dans une fleur de lys, trois perles de rosée. Nectar ainsi fécond dans un berceau de roses, En un bel enfant blond il se métamorphose. Babillage et layette, en quelques enjambées Se changent en fillette aux grands yeux étonnés. Quelques printemps plus tard, l’enfance à peine éclose, En séduisant regard, ils se métamorphosent. Chrysalide beauté, en papillon frivole Se transforme un été, mais les années s’affolent. Sur un front d’allégresse, un sillon se dépose, En masque de vieillesse il se métamorphose. Tourne tourne manège, et continue la ronde Chevelure de neige emporte boucles blondes. Amour toujours propose et temps qui court dispose, Tout beau fruit mûr s’expose à la métamorphose. Les morts, mauvais ou bons, nés de limbes lointains Leurs âmes s’en iront vers des lieux incertains Redoutant que Satan ne vienne et s’interpose Et qu’espoirs en tourments ne se métamorphosent. Mais d’aucuns, loin du mal et des vices terrestres, Invités au grand bal de la voûte céleste, Conscients de leur bonheur, au ciel ils se reposent, En Anges protecteurs ils se métamorphosent. Et le monde à genou les prie d’intercéder Pour calmer le courroux de nos dieux offensés. Car si un jour l’atome en son noyau explose, C’est l’Univers de L’homme qui se métamorphose ! Amour aurait beau faire, amour aurait beau dire, Stérilité sur terre aurait beau jeu de rire. Plus de bébés joufflus, plus de cœurs en symbiose, Plus de flux de reflux, plus de métamorphose ! Mais non… ne verra jour un si méchant présage Car tant épris d’amour, esprits se feront sages. Homme et Nature unis en même apothéose, Glorifieront la vie et ses métamorphoses ! Et l’on verra encore, au creux de doux calice Se donnant corps à corps, gamète et fleur de lys. Et perles de rosée, dans un berceau de roses Nouveau-né déposer après métamorphose.
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