Dame Nature
 
L’AUTOMNE La feuille s’envole Dans une valse d’antan Fait un rebond Sur une caresse du vent. Elle plane dans l’air, Virevolte… comme un oiseau, Puis pique vers le sol… et Va rejoindre… le tapis. Automne… tu emportes avec toi Les émois ensoleillés des amours buissonnières, Les rires épars… les promenades nocturnes, Les saveurs des nuits… aux éclats joyeux. Tu emmènes dans ton sillage Les souvenirs heureux d’été… nés Dans le scintillement des vagues, La majesté des grands sommets. Les baisers passionnés de l’été Perdent de leur intensité… Langoureux, Ils disposent les amants… à la tiédeur Des nuits hivernales sous l’édredon. Les colchiques… embrasent les champs Peu à peu toutes les fleurs s’évanouissent. Cette envolée de jaune prépare Le dénuement de la torpeur hivernale. Les raisins dorés par la chaleur estivale Font des clins d’œil… au soleil Avant de rejoindre le tombereau… pour Allumer les regards… de convives empressés. La nature s’auréole De reflets épars… rougeoyants, Imprégnant le vert… des arbres qui se dépouillent Pour les préparer… au deuil de l’hiver. Des points lumineux et légers Sillonnent le ciel. Des traînées ocre les emportent Dans un mélange de pluie et de soleil. Les peintres… se précipitent Sur leur chevalet Capter les nuances feutrées… qui Feront la joie des veillées hivernales. La nature quitte sa tenue de fête Pour se préparer… aux tornades, Emportant sur leur passage… les élans de l’été. Elle s’emmitoufle chaudement. Serge Lapisse PLÉNITUDE OCÉANE L' océan s’abat sur les rochers Par vagues déferlantes Et le flux et reflux des marées En dessinent les sentes. Les galets roulent sous le roulis De l’eau et la mousse légère, Enveloppe la grève de son coulis Blanc en chuchotant quelques vers. Le ciel, à l’horizon, s’accouple Avec l’élément liquide Et le soleil illumine ce couple, Dernier rempart d’Atlantide. Cet instant de sérénité Vous invite au rêve Et les éléments mêlés Vous couchent sur la grève. Vous n’êtes plus qu’un, confondu, Vous embrassez tout par vos sens Et tout vous embrasse, l’esprit nu, Aussi sainement qu’une romance. Benoît Chartier 69 – Villefranche sur Saône L’ÉTANG D’AUTOMNE AU TEMPS D’AUTOMNE, L’ÉTANG FRISSONNE… Blotti sous le chemin discret, Tout à la fois simple et secret, Voici le joyau des brémailles Serti d’or, au cœur des grisailles… La pluie en voiles fins estompe les couleurs Et perle la bruyère en ses mauves pâleurs. Des écharpes de brume enroulent leur mystère Pour unir dans le soir l’eau, les cieux et la terre… L’envol lourd des canards glissant sous les roseaux Raye un instant le calme et le reflet des eaux. Puis tout devient silence, étrange, nostalgique, Nuancé d’irréel, charme mélancolique, Paysage propice aux songes du passé, Souvenir de légende ou de rêve effacé…, Fugace impression, image rémanente D’un monde intemporel en osmose immanente… L’ombre et le vent, sur le terroir Ont éteint l’instable miroir… Mais la nuit, entre deux nuages, La lune effleure ces bocages Et le fin profil palpitant D’une biche au bord de l’étang… La hulotte se tait ; l’aube étire en fumée Les volutes des eaux qu’enchâsse la ramée, Où s’élève bientôt le grand hymne d’éveil, Lorsque l’étang s’irise au lever du soleil. Miracle de beauté ! Voici la symphonie En palette unissant contraste et harmonie ; Les bruns ambrés de roux, vermeils ou flammés d’or, Brossent dans la verdure un somptueux décor Qu’éparpille la brise en gerbes d’étincelles Se mirant dans une onde aux teintes d’aquarelles… Par un dernier sursaut, l’éclat du bel été Reluit sur chaque feuille et meurt en majesté !… L’aile d’un papillon magique A dû parer l’écrin unique De cette éphémère splendeur, Paix de l’esprit, charme du cœur…. AU TEMPS D’AUTOMNE L’ÉTANG RAYONNE !… Liliane Codant 41 – Salbris SUR LE CHEMIN DES VIGNES ET DES BRUYÈRES Mon père, parfois, m’emmenait avec lui sur le chemin des vignes et des bruyères. Tôt le matin, nous grimpions jusqu’à l’orée des garrigues. Parmi les arbustes rabougris, nous faisions provision de bois. Dans la solitude de la broussaille, les coups de hache résonnaient, forts, réguliers. Les branches coupées claquaient avec des sons secs de bois mort ; puis elles jonchaient le sol. Mon travail consistait à les rassembler en tas. Ligotées en fagot géant, mon père les ramènerait sur son dos, jusqu’à la maison. Je porterais également le mien, d’une envergure à ma mesure. De temps à autre, la hache se taisait. Le soleil, un peu plus haut dans le ciel, commençait à chauffer. Avec lenteur, mon père épongeait son visage et il laissait un instant errer son regard fatigué vers le loin, sans mot dire. J’arrêtais là aussi mon ouvrage et me gardais de rompre notre silence. Invisibles les cigales, elles, jacassaient à tue-tête. La terre, dans cette région, était aride et ocre. Seules les vignes, sur les coteaux caillouteux, s’étalaient en tapis verts. Elles deviendraient pourtant, l’hiver venu, multitude de ceps tortueux et noirs… Pour le moment, de façon distraite, nous regardions se déplacer, en contrebas, dans le vignoble, la tache resplendissante dans le soleil d’une sulfateuse de cuivre. Le ciel vibrait d’une sorte de vie subtile, intense, ensorcelante. L’air embaumait le thym, les bruyères roses, les herbes sèches. Aux creux des talus, les lézards engourdis de chaleur m’observaient d’un petit œil rond attentif… Il y en avait partout dans les fentes des murets bordant les clos, et ils ne se dérangeaient même pas sur notre passage, un peu plus tard, lorsque poussiéreux, moites, courbés sous notre charge, nous marchions vers la maison dans la pierraille du chemin. Viviane Sontag 74 – Feigères LA FUITE EN AVANT J’erre dans la nature et ne reconnais pas Les coteaux de verdure où, enfant, j’ai joué, Le bois planté d’ormeaux qui n’en finissait pas, Le ruisseau cristallin que l’on passait à gué. Insensible torrent, le temps s’est écoulé Et quels que soient mes vœux, il ne reviendra pas. Un regard abyssal, un sourire, un baiser, La porte est refermée, je n’entends plus tes pas. Un vent froid a soufflé, occultant mes passions ; Revêtant la blessure ardente de mon cœur Du voile lacéré des pleureuses de Sion, Tout au fond d’un grand puits, j’ai celé la douleur Irradiant de mon âme en cruelle abrasion. Il suffirait d’un rien pour ranimer l’ardeur Du volcan sous humain, de la compréhension Que l’on pourrait donner comme on offre une fleur. Marie-Agnès Brossard 69 – Craponne GIBOULÉES Le temps se met en alternance De pluie, de soleil et nuages. C’est ainsi que passent nos âges Les bonheurs mêlés aux souffrances. L’astre diurne aux rayons d’or Illumine notre printemps Les orages, le mauvais temps Plantent de plus tristes décors. Pour l’instant c’est une éclaircie, Parsemée de clairs nuages blancs, Avec un faux air innocent Qui enjolive notre vie. Lumières, clairs-obscurs et ombres, Notre existence est comme un temps Que le hasard rend si changeant Qu’elle oscille du clair au sombre. Philippe A. Boiry 75 – Paris DU VERT AU POURPRE Feuille de vigne Vêtement d’Eve Fruit de vigne Nectar d’Adam Alcool, eau de vie Pour Noé sur son arche Vigne, Signe de fête Ivresse bachique des Grecs anciens Vin, veine de la Terre Larme du Christ Sang de la Sainte Messe Tu es issu des noces des collines et du soleil. Banyuls, ton obscure liqueur Irrigue les contrées méditerranéennes Frontignan, ton clair breuvage Circule près des rivages bleutés Corbières, ton jus noir coule des pressoirs. Les vignes d’or épousent les courbes des paysages Les formes des pentes Elles rutilent en automne Au temps des vendanges. Les raisins dormiront à l’ombre des fûts Puis rempliront des coupes de cristal lumineux Qui réjouiront les convives Pourpre plaisir et vif émoi Autour de la table du festin. Marie-Noëlle Hôpital 13 – Marseille ARABESQUE Le soir offre sa paix aux senteurs de l’été, Le violet du ciel prend des teintes changeantes Et l’hirondelle fuit, dans l’ultime clarté, Dessinant son envol en courbes élégantes. Le long du pré dormant qui rêve de fraîcheur Serpente le chemin menant à la rivière Le courant, par endroits, emporte avec lenteur Des friselis moirés d’un reste de lumière. Un papillon, plus loin, virevolte en danseur Tandis qu’une herbe folle, au ru, se désaltère Gracieux magicien, il offre aux spectateurs Le joli tourbillon d’une valse légère Le vent s’élève et court jusqu’au grand peuplier Le contourne, essoufflé, l’arrondit, le balance ; Puis, il reprend son jeu, les roseaux fait ployer, La rive n’est plus qu’une longue révérence La campagne s’endort sous la lune qui luit Dans un ciel parsemé de pierres scintillantes ; Et passent par éclairs, dans cette belle nuit, Les arabesques d’or des étoiles filantes. Simone-Amélie Boinot 79 – Niort LA LÉGENDE DES FLEURS Comme elle était jolie la Terre en ce temps-là ! Comme elle était jolie En jardin d’harmonie ! Une planète fleur Corolle de bonheur. Et les dieux s’y plaisaient Couronnés de pétales ; Et les humains chantaient Le soir sous les étoiles. Il a suffi pourtant qu’un jour sonne le glas ! Il a suffi pourtant D’un accord dissonant. Quand la haine, la peur Envahirent les cœurs Les fleurs s’étiolèrent Comme l’Esprit s’endort Et les dieux désertèrent La vallée de la mort. La terre dénudée, apparut sans éclat ! La terre dénudée En désert fut changée : Plus la moindre fleurette Pour parer son squelette, Plus de teintes moirées S’échappant des pétales, Plus de ris, de gaieté Le soir sous les étoiles. Les lamentations bruirent avec fracas ! Et les lamentations Et les supplications ! Les dieux importunés Firent pour voir la paix Don de manne et de miel Assouvissant la faim ; Mais le deuil éternel Des fleurs ne tarit point. Et l’homme insatisfait en quête de la joie, Et l’homme insatisfait Jusqu’aux dieux est allé. “ Nous avons soif aussi De rêve , de poésie. Offrez-nous les couleurs Et les parfums ombrés Par la grâce des fleurs Qui nous rend moins épais ! ” Quand l’esprit bienveillant sur la Terre souffla Quand l’esprit bienveillant Fit renaître un printemps, Corolles arc-en-ciel Comme un pacte du ciel, Les calices nacrés, Délivrés, s’épanouirent ; Hommes, dieux apaisés Retrouvèrent le sourire. Monique Mérabet 97 – St-Denis de la Réunion A CHAQUE PÉTALE QUI S’ENVOLE A chaque pétale qui s’envole Une “ goutte de vie ” s’envole aussi… Et quand la tige perd sa corolle Le vent qui passe n’est qu’utopie ! A chaque pétale qui s’envole Un bout de printemps disparaît… Et quand la tige perd sa corolle Que fait le temps, de tant d’années ! A chaque pétale qui s’envole Un rêve part vers l’au-delà… Et quand la tige perd sa corolle Un autre naît… ici et là ! A chaque pétale qui s’envole Il faut accrocher un sourire Car même la tige sans corolle AIMERA S’EN SOUVENIR ! ! ! Marie D. 03 – Moulins UN ANGE J’ai découvert un ange au détour d’un sentier Avec du ciel aux yeux, parmi les herbes folles Il parlait aux oiseaux sans plus de protocole Il disait que l’amour se rit des bénitiers. Ses discours sentaient bon l’encens et l’amitié Dans les cœurs ils voguaient en douces farandoles Quand tout autour de lui, en guise d’auréole, Voletaient du soleil maints amis forestiers. Au fil de ses mots doux je suppliais ma muse De m’offrir quelques vers dont la musique amuse De décorer mon cœur d’un peu de fantaisie. Riche de mes couplets parmi les herbes folles L’ange m’a découvert, consolé bien bédole * Car le chant des oiseaux vaut toute poésie ! *benet Pascal Lecordier 69 – Ecully POÈME POUR UNE GOUTTE DE ROSÉE Larme de végétal pleurant l'humanité Ou bien carat perdu sur le duvet de l'herbe Par quelque fée errante et dénouant, superbe, Sa traîne de soleil rose d'humidité ? Le velours des épis par les matins d'été Encor gorgé de nuit dans l'étau de la gerbe Offre à ses mille grains mille autre grains imberbes Tous y mirant le miel de leur maturité. Une fourmi s'enivre à cette transparence, Un pistil emperlé, havre de leur errance, Fait hésiter l'abeille et fuir le papillon, Déroutés un instant de liquide arc-en-ciel, Miroir que Dieu sans doute accroche au médaillon Pour mettre au ras du sol l'immensité du ciel. Henry Meillant – Les Contes de la Terre UN JARDIN DE RÊVE Aujourd'hui est aujourd'hui, un temps marqué par les technologies de pointe. Pourtant, des goûts et des habitudes de jadis subsistent, si forts, si grands, qu'ils semblent éternels. Dans une rue, à la limite de la ville et de la campagne, vit un homme jeune, chômeur, déçu de mener une existence de recherches stériles, recherche d'emploi mais aussi recherche de l'âme sœur. Ses parents l'encouragent bien sûr, mais ce n'est pas cela qui lui met un réel baume au cœur. Il descend souvent cette rue, garnie d'un côté de parcelles vertes et sauvages entre lesquelles se trouvent quelques maisons et, de l'autre côté, de jolies villas, toutes entourées de coquets jardins. Il passe souvent et il rêve… Les parcelles en friche deviennent potagers, parcs ou jardinets. Les herbes folles, pelouses précieuses ou rangées de carottes. Les orties, rosiers ou radis. Les chardons, hortensias ou poireaux. Les pissenlits, marguerites ou salades. Les boutons d'or, pétunias ou pommes de terre. "Comme ce serait beau si les terres incultes étaient bien cultivées !" Cette simple petite phrase, dite par sa jolie voisine, croisée au milieu de la rue, fait frémir le jeune homme. "Dans quelque temps, ce sera beau, plus beau que le parc de la ville. Plus beau que le plus beau des jardins de la rue." Le jeune homme rougit tandis qu'il fait cette sorte de promesse à la jolie personne. "Comment est-ce possible ? As-tu entendu parler d'un projet particulier ?" La belle cherche à en savoir plus. Jamais, elle ne devinerait que le jeune homme n'a encore aucune idée vraiment particulière. "Hum, tu verras d'ici quelques mois… Sois patiente." A présent, le jeune homme se sent lié par une espèce de promesse, une sorte d'engagement. Aujourd'hui est aujourd'hui, un temps marqué par un de ces projets fous qui fleurissent, on ne sait comment. Le jeune homme s'informe du propriétaire de la plus belle parcelle en face de la maison de la jeune fille et il obtient la permission de cultiver cette parcelle. Il échardonne, débroussaille, bêche, amende, bine, ratisse, sème, plante, arrose. Il transpire, s'applique, se fait des durillons, s'épuise à la tâche mais son âme est joyeuse. Il travaille en pensant à la belle. Le jardin prend forme avec ses allées, ses bordures, ses parterres garnis de fleurs, ses carrés de légumes. Un horticulteur passant par là, félicite le garçon : "Si tu veux, je pourrai t'embaucher. Tu fais du beau travail. Je te payerai comme tu le mérites. Où as-tu appris le métier ?" L'échevin de l'environnement lui aussi passe : "Bravo. On te consultera pour l'aménagement du parc communal et pour l'organisation des floralies." Plus que tout, le jeune homme est sensible aux propos de la belle. "C'est magnifique. Cela donne envie de se promener." Un tendre baiser sur la joue du jeune homme est la meilleure récompense de tant d'efforts. Peu à peu, les habitants de la rue décident eux aussi de cultiver les terrains en friche. Le jardinage devient la passion de toute une rue. Chacun s'y met avec ses moyens, ses compétences, ses idées. Le surplus des récoltes de légumes est offert à une banque alimentaire et on donne des fleurs dans les homes de la ville. Quant au jeune homme, il va épouser sa jolie voisine et ne cessera de se perfectionner dans le domaine des cultures. Depuis peu, il excelle, dit-on, dans l'art de tailler les arbres selon des formes variées, un art fort ancien mais toujours fort apprécié. Aujourd'hui est aujourd'hui, plein des ressources d'autrefois, plein de visées sur un avenir enchanteur. Micheline Boland Mont sur Marchienne – Belgique
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