J'ai osé
 
POESIES A THEME J'ai osé
LA DANSEUSE Danzill était désert sous sa chape de nuit. Abrités dans leurs nids, les gens se réchauffaient Nerveux et agités. Toute espérance a fui. Soudain, dans la laideur de son morne relais, Élise se leva, émergeant de son rêve. "A idée par le destin qui régit toute vie, Vivement tu iras, sur les places, les grèves, Élise aimée du Dieu de la Joie et des Ris. Câline, danseras pour cette gent morose." Lentement, dans les rues, les préaux et les cours, Alliant la souplesse à sa fraîcheur de rose, Vaillant petit soldat de la vie et des jours Isolé sur la terre au milieu des huées, Élise danse et vit l'Amour qu'elle a choisi. Marie Agnès Brossard 69 – Craponne OSER LA PAIX, PENSER L'AMOUR Examinée à la loupe de l'histoire, la guerre apparaît toujours comme un système organisé d'enrichissement au détriment de vaincus. Aujourd'hui, sa forme d'expression a changé : elle est devenue un moyen de gagner de l'argent comme les autres pour les entreprises des pays les plus riches, producteurs et marchands d'armes, mais aussi entreprises internationales qui changent les gouvernements des pays les plus pauvres, modifient le cours des produits sur les marchés mondiaux, jouent avec les salaires les plus bas … Il devient urgent d'accepter la réalité : les guerres font partie intégrante du fonctionnement économique d'ensemble et leur prolifération accélère les opportunités de profit. Oser la Paix signifie refuser clairement cette logique morbide, et indique un autre chemin : oser penser une planète qui repousse à jamais la conception et la formation des guerres qui nourrissent les affaires en répandant la mort, les souffrances et la pauvreté. Oser la paix, c'est rejeter le capitalisme contemporain. Pour toucher la cime du Mont-Blanc, Il est parfois nécessaire de penser à l'invisible Everest, Qui le domine, Et vers lequel cœur et volonté se tendent. En ce sens, l'expression oser la Paix Porte en elle le devenir de l'humanité. Car elle contient l'infini de l'âme, Qui nous dépasse : Oser l'amour … Jean Luc Lamouille 38 – Grenoble SAUTER LE PAS On m'a répété : "Tiens-toi droit !" "N'écris pas de la main gauche !" "Que tu es maladroit !" "Tu confonds droite et gauche !" Puis l'envers remplaça l'endroit, Je faillis me trancher la main gauche, Je crus m'arracher l'œil droit, Jamais je ne fus aussi gauche. Ne me sentant plus dans mon droit, J'ai pensé rendre l'arme à gauche, Mais l'enjeu n'est plus de filer droit, Alors j'ai osé prendre le gauche. Benoît Chartier 69 – Villefranche sur Saöne LES PAPES D'INNOCENT ONT SEULEMENT LE NOM C'est un pape innocent, aux yeux cernés de noir Pour n'avoir dormi que deux nuits en deux siècles ; Assis sur le fauteuil de sa foi illusoire Qui l'a rendu aigri, aveugle et espiègle. Conduit aux abattoirs, malgré son trop grand âge, Il a rencontré ses collègues animaux Grâce à un peintre anglais, curieux nécrophage, Qui les a disposés comme au seuil du tombeau. C'est la désespérance. Un artiste en colère, - Comme Hugo en exil ou Soldat à la guerre - Donnant des nouvelles d'Avignon moribond ; La foi n'existe plus, peut-être Dieu est mort ? Peut-être Religion pleure son triste sort : Les Papes d'innocent ont seulement le nom ! Arnaud Lepresle 58 – Marzy D'après Francis Bacon – le Pape Innocent X C.U.L.T.I.V.E.R. S.O.N. Â.M.E. CULTIVER SON ÂME, c'est être "poète" En savoir ses joies, parfums et couleurs … La "sentir" toujours, très humble apparaître Nue, fragile et tendre parler du bonheur ! CULTIVER SON ÂME, c'est une musique Qui joue sur des mots, un peu "magiciens". C'est la quintessence de ces mots magiques Qui la fait "revivre" et l'apaise "enfin" ! CULTIVER SON ÂME, c'est en faire jaillir Douleurs et folies, ESPOIR et chagrin … Toutes ses émotions … "en faire des sourires" Dans la plénitude d'un alexandrin ! CULTIVER SON ÂME, c'est tout transformer La larme qui coule devient "ESPÉRANCE" C'est comme un pouvoir, où le verbe "AIMER" Deviendrait le ROI, de son existence !!! Marie D. 03 – Moulins L’audace J’avance dans mon fors Je mets un frein à l’effort Pour être encore plus fort Même si l’on me donne tort Les contrariétés me font souffrir Mêlées aux pleurs j’ai le sourire De gagner des batailles Même au prix de aïe aïe C’est dur de se retrouver Dans toute cette mêlée De gens indifférents Et même méchants Mais je garderai le sourire De peur de mourir Je veux tracer ma voie A en perdre la voix Il ne m’entend pas Je ne l’écoute pas Pour garder en moi L’essence de mon moi Je construis mon actif Sur les pleurs du passif Comme un arbre sans eau Ma vie est un sanglot Cette rage de vivre On me l'a donnée Cette vie à vivre On ne peut me l’ôter Je traverserai les bois A la recherche de mon moi Et même si je dois trébucher C’est en vain de le chercher Et les autres ? Je les aide même si je les agace Je les aime même s’ils n’ont pas d’audace Je les hais quand ils me menacent Car vraiment là ils manquent d’audace Marie Lubert 69 – St Genis les Ollières Il faudra bien un jour aller Au-delà même des osmoses ; Qu'importe au risque de s'en aller Trop loin, si poursuivre on ose ! Au-delà du brin d'herbe qui meurt Il restera sa dédicace Sur le bleu du ciel et sans heurt Sa mort même laissera trace. Au-delà des limbes pourris, Les psaumes funèbres d'automne Disent pourtant les pleurs, les ris : Un testament qui nous étonne. Seul au monde un homme partant Ne laisserait qu'un peu de cendre ? Sa vie aux choses de son temps Se perdrait donc en vains méandres ? Au-delà du réel naîtra Une vérité enfin libre ; Sorte d'astre qui paraîtra, Nouveau monde, nouvelle fibre. Cet homme s'il faut qu'il s'en aille, C'est au-delà des horizons Qu'on fêtera les épousailles Du monde et de sa déraison … Henry Meillant Extrait de "Au-delà des horizons" Grand Prix Edition de l'Ile aux Poètes J'AI OSÉ Depuis la mort de son épouse, Pierre travaillait sans relâche. Au fil du temps, il avait amassé de nombreux biens matériels mais son grand rêve avait toujours été de voyager, de découvrir la vie des peuples et les merveilles du grand passé de l’humanité. Remettant sans cesse ses projets au futur, il n’avait jamais trouvé la possibilité de les concrétiser. S’arrêter un seul instant était pour lui une perte de temps ! Lorsqu’il se disait : “ Je vais prendre des vacances. ” Sa petite voix intérieure lui murmurait : “ Prendre des vacances, c’est perdre ton temps. Qui s’occupera de tes nombreuses entreprises, qui gérera tes biens immobiliers ? ” Et toujours il renonçait à ses rêves. Mais un soir, alors qu’il travaillait tard sur un dossier important, Pierre s’effondra sur son bureau, terrassé par un crise cardiaque. Il fut hospitalisé d’urgence et le chirurgien décida de l’opérer sans plus attendre car sa vie était en réel danger. Au bout de quelques jours, Pierre commença à s’alimenter normalement et retrouva rapidement ses forces. Une quinzaine de jours après l’intervention, se sentant en pleine forme, Pierre prit la décision de quitter l’hôpital plus tôt que prévu : il avait suffisamment perdu de temps et ses affaires l’attendaient ! Le chirurgien, très réticent, tenta de faire prendre conscience à son patient du caractère très sérieux de sa maladie. — Monsieur, vous êtes libre de mener votre vie comme bon vous semble, mais je tiens à être honnête envers vous : l’opération n’est qu’un succès momentané. Vu la gravité de votre état mon pronostic n’est malheureusement guère optimiste. Pour être clair, il ne vous reste qu’environ trois ou quatre mois à vivre. Si vous avez une chose importante à terminer ou à réaliser, je vous en prie, faites-la, le temps vous est compté. Pierre surprit le trouble et l’inquiétude dans les yeux du chirurgien et comprit que ses paroles n’étaient pas destinées à l’effrayer mais plutôt à lui faire prendre conscience d’une terrible réalité. Anéanti par ce qu’il venait d’apprendre, Pierre quitta l’hôpital sans un mot. Il rentra chez lui, s’assit à son bureau et réfléchit longuement sur la vie qu’il avait menée jusqu’alors. Son regard s’arrêta sur les dossiers empilés et il soupira. Tout ce qui faisait partie intégrante de son quotidien n’avait plus d’importance. Ses yeux emplis de larmes se posèrent sur la photo de sa femme défunte, sur celle de son fils et de sa belle-fille, sur ses deux petits-enfants qu’il chérissait au fond de son coeur, sans jamais avoir pris le temps de passer de longs moments auprès d’eux. Il avait désormais rendez-vous avec la mort et avait la sensation d’avoir oublié sa rencontre avec la vie. Pierre décida de ne révéler à personne son terrible secret. Il avait toujours pris les problèmes à bras-le-corps, il ne pouvait quand même pas rester assis là, attendant que la Grande Faucheuse vienne le chercher ! Mais il ne suffit pas de décider pour changer les choses, il faut agir ! Pierre essuya les larmes qui coulaient sur son visage et sourit en murmurant : “ Oui, Monsieur le Chirurgien, j’ai encore une chose importante à réaliser ! ” En un mois, Pierre vendit ses entreprises et la plupart de ses biens matériels. Ne gardant que l’essentiel afin que sa famille puisse vivre sans problème, il fit don d’une partie de sa fortune au profit des déshérités et il partit... Pierre réalisa enfin son grand rêve : il voyagea ! Dans tous les pays qu’il visita, il rencontra des gens extraordinaires, des êtres dont il n’aurait jamais soupçonné l’existence. Il découvrit ainsi la vraie valeur de la vie, s’étonnant de voir que ceux qui ne possédaient rien étaient finalement beaucoup plus riches et sereins que lui. Il apprit à vivre différemment, s’émerveillant devant la beauté de la nature et face à l’accueil des gens qui l’invitaient à partager des mets simples aux saveurs de l’hospitalité et de l’amitié. Il regardait autour de lui et respirait à pleins poumons l’enivrante odeur de la liberté, vivant quotidiennement de merveilleux petits bonheurs. Pour la première fois Pierre se sentit exister et réalisa qu’il n’avait jamais été aussi heureux. Poussé par une force qui émanait de sa nouvelle façon de vivre, il avait retrouvé son dynamisme. Il avait totalement oublié sa maladie et les paroles angoissantes du chirurgien. Plus de dix mois passèrent... Pierre oublia de mourir ! Un jour, il décida de rentrer chez lui, de retourner auprès de ses enfants qui l’accueillirent avec une indicible joie. Son absence avait resserré les liens affectifs et il avoua à son entourage la raison de son départ précipité. Pierre rendit visite au chirurgien qui ouvrit de grands yeux en le voyant rajeuni, bronzé et tellement “ plein de vie ” : — Vous ? Vous êtes vivant ? — Oui, Docteur ! C’est bien moi, ce n’est pas mon fantôme ! Je suis vivant plus que jamais ! — Mais comment avez-vous fait ? s’étonna le chirurgien. Avec cette maladie fatale, vous ne devriez plus être de ce monde. — Alors, disons que je suis un miraculé, répondit Pierre en souriant. Il tapa amicalement sur l’épaule de celui qui, en annonçant sa mort, lui avait donné la vie. — J’ai toujours vécu à vive allure car j’avais peur de la mort, dit-il. Lorsque vous m’avez appris que mes jours étaient comptés, j’ai cessé d’avoir peur : mon avenir était clair car j’en connaissais l’échéance. J’ai donc décidé de réaliser enfin mes rêves. J’ai vécu des expériences fantastiques, j’ai fait des rencontres extraordinaires. Le chirurgien était abasourdi. Cela dépassait sa conception rationnelle des choses. Sceptique, il examina son patient sous toutes les “ coutures ” et le soumit de nouveau à tous les examens. Pierre, confiant et détendu, souriait ; il n’avait plus peur du lendemain. — Vous semblez réellement guéri ! s’exclama le chirurgien. C’est inimaginable, il n’y a aucune trace de votre maladie. — Je n’étais pas inquiet car la certitude de ma mort a été le déclic qui m’a poussé à réaliser mes rêves, tant et si bien que j’en ai oublié de mourir, dit Pierre avec humour. — Suis-je guéri ou ne suis-je pas guéri ? questionna Pierre, le sourire aux lèvres. — Ce qui m’inquiète un peu c’est qu’avec ce type de maladie on ne peut jamais affirmer une totale guérison. Je pense que nous sommes face à une rémission. — Vraiment, Docteur, ne soyez pas inquiet pour moi. Par contre, vous devriez peut-être songer à vivre, vous aussi, car vous paraissez fatigué. Déconcerté, le médecin fronça les sourcils en le regardant s’éloigner. Quelques mois passèrent... Cet homme souhaitait que son expérience puisse servir à ses semblables ; il décida donc de donner, pendant un certain temps, une série de conférences. Ce soir-là, il offrit sa dernière conférence. Il y avait plus de mille personnes et les gens paraissaient attendre un quelconque miracle... Comme à l’ordinaire, la salle était très à l’écoute : il contait ce qu’il avait vécu et comment, un jour, il changea sa façon de vivre. — De quoi avez-vous peur ? La crainte de devoir tout abandonner fait que vous ne vivez pas pleinement l’instant présent. La solution est en vous, je ne peux vous la donner car vous êtes, chacun d’entre vous, absolument “ unique ”. La peur de mourir prouve qu’il existe en vous des inquiétudes refoulées, une terre à défricher. Mais j’ai envie de vous dire que cette peur est parfois bénéfique car elle vous crie qu’il est urgent de briser vos chaînes invisibles, d’avancer, de savoir où vous allez et d’oser le faire, car vous le pouvez. Pourquoi chez nous, dans notre cadre de vie, tant de critiques lancées au voisin, à celui ou à celle qui pense ou qui vit autrement ? Pourquoi vous renfermer sur vous-mêmes et devenir la proie de la déprime ? Il est inutile de se lamenter, il faut vivre vraiment, et vivre vraiment c’est oser faire de ses rêves une réalité ! Vivez, riez, aimez sans arrière-pensée : la peur vous quittera et vous pourrez enfin agir. Chaque jour se suffit à lui-même : c’est à vous de transformer chaque instant en éternité. Un grand silence régnait dans la salle. Les gens étaient venus chercher un “ messie ” pour les prendre en charge ; ils se retrouvaient face à eux-mêmes. Pierre, serein, poursuivit : — Ce n’est pas en assistant l’autre que vous pourrez l’aider à vivre, mais en lui montrant qu’il possède la solution à son problème. Je ne suis ni messie, ni sorcier, ni fou, ce que j’ai accompli n’est pas une prouesse, comme le pensent certains. J’ai tout simplement osé me réconcilier avec la vie. Lorsque Pierre quitta la salle de conférences, la plupart des gens étaient encore assis, les yeux dans le vague... peut-être celui de l’âme ? Après cette dernière conférence, Pierre repartit dans le pays merveilleux qui avait réveillé en lui l’énergie de vie. Pierre était très âgé lorsqu’il ferma les yeux pour la dernière fois. Il avait eu l’ineffable joie de voir germer autour de lui les graines de la sérénité qu’il avait plantées le jour où la mort lui avait donné rendez-vous. Anne SARA 44 – Rézé
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