Mille et une cultures
Depuis de nombreuses années, la médiathèque de Varennes-Vauzelles, sous la houlette de Chantal, organise cette manifastation qui remporte chaque année un grand intérêt auprès de la population de la ville et des environs. Chaque année, une nouvelle région se laisse découvrir, apprivoiser, connaitre pour le plus grand plaisir de tous. Cette année 2009 voit se découvrir les Iles de l'Océan Indien, Madagascar, Ile de le Réunion etc. Notre délégation de l'Ile de la Réunion, avec l'association Laféladi ont décidé de participer activement à cette exposition par différentes expositions mais aussi musique, poésies, contes, etc. Programme : Soirée inaugurale festive - Vendredi 27 novembre à 20 h 30 - Concert musique malgache Conférence, avec diaporama - Mardi 1er décembre à 19h - Les Iles de l’Océan Indien par Jacques Bourdens Soirée des associations - Vendredi 11 décembre 19h30 - Poésie, théâtre, chorale, défilé de costumes. Expositions - Madagascar : Photos, objets artisanaux ... Faune, flore et paysage ... - L’Ile Maurice : Histoire et Culture - La Réunion : photos et poèmes - Timbres - Peintures - Instruments de musique - Les Iles de l’océan indien dans les manuels scolaires français (Asso. Mémoire de Varennes – Vauzelles) - Artisanat à l’I.M.E. : Portes – ouvertes le 2 décembre - 3 et 10 décembre : Repas malgaches sur réservation obligatoire, (8 €), se renseigner à l’IME des Graviers 03.86.71.99.10 Ateliers - Sur inscription obligatoire à la médiathèque Cuisine - Vendredi 27 novembre, 9h-12h ou 14h-18h - A l’Hôtel du Nivernais - Adultes et adolescents Décoration de vannerie, confection de poupées - Mercredi ? décembre, de 14 à16 h (date à définir) Bijoux en graines et coquillages, jeux et maquillage - Samedi 28 novembre, de 14 à 16 h - Tout public Confection de jouets en matériaux de récupération - Mercredis 2 et 9 décembre, de 14 à 16 h. - Tout public (à partir de 5 ans) Heure du conte à la Médiathèque - Mercredi 9 décembre 2009 de 10 h 30 à 11 h
Textes lus lors de la soirée
2009 Iles de l'Océan Indien, Madagascar, Ile de le Réunion etc.
Entrées gratuites Renseignements et inscriptions à la Médiathèque Municipale : 03.86.21.46.59
Conte et Illustrations de Laféladi
MAIS QUI EST GRANMÈRKAL ? Qui ne connaît la Grand-mère Kal en notre bonne île de la Réunion ? Bien sûr, personne n’ignore cette figure mythique de nos légendes et de nos contes et elle demeure fidèlement inscrite dans notre inconscient collectif de réunionnais. Cependant, qui serait capable de répondre avec exactitude à la question : "Qui est Granmèrkal ?" Le premier vocable qui vient à l’esprit pour la caractériser est celui de "sorcière". Sorcière, c’est sans conteste ainsi qu’elle m’a été présentée dans mon enfance : la sorcière, terrifiante dévoreuse d’enfants. C’est cet aspect du personnage qui est exploité dans les contes traditionnels comme dans "La marmite de Grand-mère Kal" remis au goût du jour par l’Association Laféladi en 2009 : "Et si Grand-mère Kal venait nous prendre ? pleurnicha Tipierre, le plus jeune de la bande. Elle peut arriver en misouk sur son balai, son grand bertel sur le dos… avec ses yeux rouges de sorcière !" Le balai, bien sûr… l’accessoire indispensable à toute sorcière qui se respecte. Outre le balai, elle est affublée de tous les traits physiques inhérents à un tel personnage, dans le dessein de lui composer une laideur qui sème l’épouvante. "Les récits de Nénène Louise foisonnaient aussi de détails pittoresques sur la harpie mi-femme, mi-oiseau : des mèches crasseuses et emmêlées, des orbites vides de trépassés, un hideux rictus d’édentée." (Monique Mérabet dans "La mèrkal de Saint-Leu") Bien sûr les descriptions fantaisistes qui en sont données, n’ont qu’un but : faire peur. Ma mère, elle, avait d’ailleurs ajouté à la mèrkal l’épithète de "ailée"… ce qui accentuait la terreur inspirée : Mèrkalélé ! Mèrkalélé ! Disait la mère fatiguée Á l’enfant qui désobéissait. Mèrkalélé ! Mèrkalélé ! Viendra t’emporter Et l’enfant s’assagissait. (Monique Mérabet dans "Qui a tué Granmèrkal ?") Et le stratagème réussissait si bien… que ma mère avait éprouvé quelque remords d’avoir ainsi "traumatisé" ces diablotins de mes frères et cousins dont elle s’occupait. Mais que l’on ne s’y trompe pas. L’aspect physique "terrifiant" n’est mis en avant que pour occulter la peur plus viscérale, plus religieuse liée au personnage. De toutes les histoires transmises par le truchement des nénènes ou des grand-mères, aucune caractéristique physique ne m’a vraiment marquée. Seul le souvenir des terreurs enfantines hante mon esprit, terreurs qui ne sont pas liées aux oripeaux de chair aussi laids et terribles soient-ils. Non, la crainte est bien plus profonde. Ma grand-mère qui n’avait pas le rempart de la culture pour se défaire d’ancestrales superstitions, considérait la mèrkal comme une créature diabolique dont il valait mieux taire le nom : Dans la nuit ce cri effroyable C’est Mèrkal qui prend une âme Et la partage avec Grandiab. Elle ose, effrontément, nous en informer… La grand-mère terrifiée Egrenait son chapelet (Monique Mérabet dans "Qui a tué Granmèrkal ?") Le chapelet ! Instrument d’exorcisme… s’il en fut ! Et depuis, au gré des aléas des principes d’éducation enfantine, elle a failli tomber dans l’oubli. On a connu une période où elle est devenue taboue : il convenait de ne pas faire peur à ces chers petits. Aujourd’hui, profitant d’un juste retour aux traditions, aux racines de notre créolité, elle connaît un regain de popularité grâce aux « fêtes Granmèrkal » qui fleurissent un peu partout au mois d’Octobre. Elle revit donc, même si elle a perdu tout caractère sacré et n’est plus qu’une sorcière de Carnaval, une croquemitaine de pacotille qui ne fait plus peur à personne. Elle a au moins le mérite de contrecarrer l’envahissement purement commercial d’ailleurs de la Fête d’Halloween. Peut-être même aboutira-t-on à une sorte de métissage puisqu’au moment de la Toussaint, dans beaucoup d’écoles de l’île – mondialisation oblige - mûrissent les citrouilles. Cet antagonisme a inspiré certains auteurs comme Joëlle Brethes, Monique Mérabet, Daniel Honoré) qui se font s’affronter les deux "sorcières"… au bénéfice de notre Granmèrkal heureusement ! Pour plaire à Dame Modernité On prétend la sacrifier A une Halloween, à une jacavole Née d’une citrouille sans boussole Et pour comble de pacotille Sur un balai elle sautille (Monique Mérabet dans "Qui a tué Granmèrkal ?") D’ailleurs mon poème "Qui a tué Granmèrkal ?" est sous-titré "Plaidoyer pour une Mèrkal authentique" Authentique… Le mot est lâché. Moi je reste attachée au côté traditionnel du personnage et la version créole de "Qui a tué Granmèrkal ?" se termine par ce cri : "toush pa mon mèrkal-péi oté !" Maintenant quelle est la part d’authenticité dans notre Granmèrkal ? Serait-elle l’avatar d’un personnage de notre passé ? Quelles sont ses origines ? Comme cela arrive souvent à propos de légendes, les interprétations sont diverses voire controversées. "Comme il semble raisonnable de le penser, le personnage de Mèrkal tire ses origines de l’esclave Kalla fidèle et dévouée à ses maîtres et qui connut une fin tragique ; dès lors, elle avertit par son cri les descendants de cette famille lors du décès d’un proche. Cela se passait au dix-huitième siècle dans une propriété du Sud de l’île, Mahavel… » (Monique Mérabet dans "La mèrkal de Saint-Leu") J’ai suivi la version qu’en donne un roman de Marguerite-Hélène Mahé paru en 1952, "Eudora" : le personnage mythique prend corps dans une nénène à l’incomparable dévouement. "… et on peut se demander par quels sortilèges, quels errements, la pauvre Kalla finit par connaître ces sinistres avatars qui se sont répandus aux quatre vents de ce territoire." (Monique Mérabet dans "La mèrkal de Saint-Leu") On retrouve la dualité du personnage rapportée par Daniel Honoré dans "Légendes créoles" : - Kalla, la guérisseuse, la bonne nénène soumise à sa condition d’esclave dans "La promesse" - Kalla devenue une sorte d’affidée de Satan dans "La folie de Granmèrkal" Par contre, pour Isabelle Hoarau, Granmèrkal se situe complètement à l’opposé de l’esclave puisqu’elle serait l’esprit de Madame Desbassyns, une riche propriétaire connue pour la cruauté qu’elle montrait envers ses esclaves. Mais, madame Desbassyns, c’est une autre histoire… En tout cas, quelle que soit l’optique dans laquelle on se place, tous s’entendent sur un point : la mission de Granmèrkal d’être annonciatrice de la mort. "Mais auparavant elle devait faire au maître la promesse suivante : chaque fois qu’une catastrophe menacerait Mahavel, trois jours avant elle viendrait le prévenir. Alors ils entendraient "tou ou out ! tou ou out" (extrait de "Légendes créoles" de Daniel Honoré) Ces histoires de prémonition, de "prévenanse" comme on dit en créole, certains y croient encore. Et, son cri ressemblant à celui d’un oiseau de mer le fouquet, on donne souvent à Granmèrkal l’apparence d’un oiseau… noir bien sûr et… lugubre. Aujourd’hui, beaucoup d’auteurs se sont plutôt attachés à son caractère de confidente (comme Thérèse Grondin, dans "Paroles de Kalla", Voix d’Outremer) d’initiatrice (Huguette Payet dans "Calla", Voix d’Outremer), de bonne nénène (Lyliane Mussard dans "Grand-mère Kal", Voix d’outremer) … On raconte que du côté de Salazie, Granmèrkal est perçue comme une bienfaitrice et, après sa mort pour rester près des populations qu’elle aimait, elle s’est incluse dans les montagnes environnantes en compagnie de son chien et de son chat… Et comme tous les incompris, les rejetés, elle réclame justice : Coupable de toutes tes peines Tu m’habilles de tes haines. Je ne veux plus être Mèrkal Mise au rang des croquemitaines ! (Monique Mérabet dans "La mèrkal de Saint-Leu") En conclusion, quelle que soit la nature véritable de notre Granmèrkal, on ne peut que souhaiter la voir inscrite au Patrimoine de l’Humanité. On peut rêver…
DANS TON CŒUR (Gilbert AUBRY) Dans ton cœur dans mon île Il y a le soleil et le vent de l'été La chaleur des orages dévorant les palmiers Et les cris des enfants fracassant l'horizon De leur désir d'amour Cet amour qui naîtra dans nos cœurs et nos mains Comme la vie d’un Nouveau Né ! Oh Que vienne l'amour Dans ton cœur dans mon île Oh que vienne la paix ! Dans ton cœur dans mon île Il y a des volcans et des raz de marée L'alcool des bidonvilles rongeant la voie lactée Et les pleurs des parents déchirant l'horizon De leur quête d'amour Cet amour qui naîtra par nos cœurs et nos mains Comme la vie d'un Nouveau Né ! Oh ! Que vienne l'amour Dans ton cœur dans mon île Oh que vienne la paix ! Dans nos cœurs dans notre île Il y aura des étoiles sur des vols d'oiseaux bleus Des sourires heureux aux grands yeux d'arc en ciel Et nos cœurs pardonnés délivrant l'horizon Par l'amour retrouvé Cet amour crucifié par nos cœurs et nos mains Comme la vie d'un Nouveau Né ! Oh que naisse l'amour Dans nos cœurs dans notre île Oh que naisse la paix Comme la vie d'un Nouveau Né ! A L’ILE NATALE (1) (Auguste LACAUSSADE) O terre des palmiers, pays d’Éléonore, Qu’emplissent de leurs chants la mer et les oiseaux ! Ile des bengalis, des brises, de l’aurore ! Lotus immaculé sortant du bleu des eaux ! Svelte et suave enfant de la forte nature, Toi qui sur les contours de ta nudité pure, Libre, laisses rouler au vent ta chevelure, Vierge et belle aujourd’hui comme Ève à son réveil ; Muse natale, muse au radieux sourire, Toi qui dans tes beautés, jeune, m’appris à lire, A toi mes chants ! à toi mes hymnes et ma lyre, O terre où je naquis ! ô terre du soleil ! A L’ILE NATALE(2) (Auguste LACAUSSADE) Je puis mourir : j’ai dit, ô mon île natale ! Ton ciel, tes monts, tes bois, tes champs, tes eaux, tes mers. Mon âme t’a payé sa dette filiale ; Sur tes flancs de granit j’ai buriné mon vers. Chez moi ce n’est point l’art, c’est mon cœur qui te chante. Ma piété pour toi fit ma voix plus touchante ; Mon cœur m’a révélé tes secrètes beautés. D’autres fils te naîtront qui des muses hantés, Admirant à leur tour ta splendeur et ta grâce, Par tes vals escarpés cheminant sur ma trace, Lisant partout mon nom sous la ronce vorace, Rediront après moi, ton ciel, tes monts, tes bois. Souris avec orgueil à leur lyre nouvelle ! L’écho de tes rochers me restera fidèle, Car, versant à mes vers, ta sève maternelle, Ton âme, ô mon pays ! a passé dans ma voix. Extrait de : LES CHANTS DU SILENCE Isabelle Hoarau-Joly … Le soir, l’île exhalait des parfums d’encens, de baume ou de bouquets printaniers. Puis le vent la peupla d’oiseaux. Il dirigea les colonies voyageuses vers ses marais où pullulaient les poissons, Butors, hérons et ibis s’installèrent dans les roselières. Oiseaux bleus et paradisiers y faisaient la parade. Pailles-en-queues, pétrels, puffins et maquois voltigeaient au-dessus des vagues, se regroupant pour la nuit en bandes piailleuses avant de regagner les falaises hospitalières. Le jour retentissait de jacasseries et la nuit, le chant des bébés nodis peuplait le silence de leur complainte languissante. L’oasis était née. L’île paradait dans ses habits de fête, indolente sous le soleil austral. L’alizé en créateur jaloux ne cessait de parfaire son œuvre. Son cœur s’enflammait devant tant de grâce et de limpidité... Extrait du roman « Les chants du silence » paru chez ORPHIE MALOYA-MÉMOIRE (Monique MERABET) Tu étais belle, ô mon amie ! Belle et ondoyante Quand la corolle de ta jupe de jais Battait la cadence. Au milieu des ombres estompées Qui accompagnaient ta danse Je ne voyais que ta grâce Et ta présence, Étincelle de vie qui brûlait. Tu étais belle mon amie, Tu étais belle et ton visage clos, Orchidée diaphane, Emergeait des reflets d’or du caraco, Tout auréolé de flamme. Et tes bras arrondis, En magique cerceau, Enserrait sur ton sein, en prière, Cette souffrance millénaire Pour un cœur solitaire, trop dure à porter. Et tu tournais au rythme De l’étrange cantique Venu du plus intime De ton être secret ; Venu pour invoquer L’appui d’une aile d’ange, Baume pour la blessure De ces tombes encore fraîches, Jamais entièrement refermées ; Baume pour la déchirure De ces pardons refusés. Tu étais belle mon amie… Je te regardais, fascinée, Je te regardais vibrer ; Et tu dansais, et tu planais, Offrant tes peines pour que descende La sérénité Sur les âmes torturées, Offrant tes peines pour le partage De ta joie de mère comblée. Tu les offrais encore à l’héritage Des chaînes du passé, Au souvenir de ce 20 Décembre De liberté promise, D’identité conquise, Maloya d’espoir et de joie. Et ce soir-là, j’ai compris Que la magie incantatoire De cette musique transcendée Etait aussi de ma mémoire. (extrait de « Danse avec la nuit » Publibook 2001) P R O G R E S Claude-Admira GUILLON-LABETOULLE Le temps défile S’ étend la ville L’île à grand pas Se modernise Tant pis pour moi ! Front de béton Face au lagon Moteurs furieux Et songes creux Tant pis pour eux ! Eucalyptus et gros bambous Vieux filaos et treille chouchou Aux ravines de Salazie Abritent encore la poésie Tant mieux pour nous. A S I L E Claude-Admira GUILLON-LABETOULLE Île aux alizés Asile des exilés. Ile – rêve des poètes Ile – étape des pirates Ile – trésor de faux aristocrates Ile – repos des pêcheurs acrobates Ile – enfer des esclaves enchaînés Ile – espoir des humains métissés Ile aux alizés Asile des exilés Tu berces doucement Les rêve des vieux enfants. Extrait de : LES CHANTS DU SILENCE Isabelle Hoarau-Joly ….Oh ! Blanches cavales bondissant sous l’assaut des vents. L’alizé vous emporte dans ses tourbillons. Il rugit et vous faites le gros dos, frémissant sous le choc. Elles roulent en une sarabande insensée. Elles s’écroulent, épuisées, jetées à terre sur la grève De galets noirs et glissants, couverts d’algues vert prairie. Elles s’arc-boutent en un sursaut impertinent. La brise fougueuse les courbe, Assouvies en un rouleau incessant. Niellé de lapis-lazuli. Elles se hérissent éclaboussées de sel. Les embruns se fanent dans l’air saturé. Dimanche sur la grève, un chevalier au pied léger Est venu se promener. L’oiseau, lentement déplie ses longues pattes une à une, choisissant Soigneusement le galet sur lequel il va se poser en équilibre. Sa tête tourne, incessante, inquiète, au moindre bruit qui jaillit de la plage. Il n’est pas rassuré. Il est seul. Ses compagnons l’ont abandonné dans cette île envahie par l’engeance humaine. Trop de bruit. Le silence s’est enfui, emporté par ce lancinant tapage qui étouffe l’harmonie des jours…… LE MANCHY (LECONTE DE LISLE) Sous un nuage frais de claire mousseline, Tous les dimanches au matin, Tu venais à la ville en manchy de rotin, Par les rampes de la colline. La cloche de l’église alertement tintait Le vent de mer berçait les cannes ; Comme une grêle d’or, aux pointes des savanes, Le feu du soleil crépitait. Le bracelet aux poings, l’anneau sur la cheville, Et le mouchoir jaune aux chignons, Deux Telingas, portaient assidus compagnons, Ton lit aux nattes de Manille. Ployant leur jarret maigre et nerveux, et chantant, Souples dans leurs tuniques blanches, Le bambou sur l’épaule et les mains sur les hanches, Ils allaient le long de l’Etang. Le long de la chaussée et des varangues basses Où les vieux créoles fumaient, Par les groupes joyeux des Noirs, ils s’animaient Au bruit des bobres Madécasses. Dans l’air léger flottait l’odeur des tamarins ; Sur les houles illuminées, Au large, les oiseaux, en d’immenses traînées, Plongeaient dans les brouillards marins. Et tandis que ton pied, sorti de la babouche, Pendait, rose, au bord du manchy, A l’ombre des Bois-Noirs touffus et du Letchi Aux fruits moins pourprés que ta bouche ; Tandis qu’un papillon, les deux ailes en fleur, Teinté d’azur et d’écarlate, Se posait un instant sur ta peau délicate En y laissant sa couleur ; On voyait, au travers du rideau de batiste, Tes boucles dorer l’oreiller, Et, sous leurs cils mi-clos, feignant de sommeiller, Tes beaux yeux d’améthyste. Tu t’en venais ainsi, par ces matins si doux, De la montagne à la grand’messe, Dans ta grâce naïve et ta rose jeunesse, Au pas rythmé de tes Hindous. Maintenant, dans le sable aride de nos grèves, Sous les chiendents, au bruit des mers, Tu reposes parmi les morts qui me sont chers, Ô charme de mes premiers rêves. MANCHY I Julienne SALVAT Bois-noirs touffus de la montagne L’odeur du letchi et des tamarins Sur la colline aux fruits pourprés ; Deux Télingas Dans l’air léger groupe joyeux, Des Noirs assidus compagnons, Maigres et nerveux, Le long de l’Etang Feignant de sommeiller ; Passe un manchy… Et sous leurs cils mi-clos, Songe de flêches Crépitant comme une grêle d’or, Songe de bambous, cannes, pointes, faisant feu Au rythme des anneaux et bracelets tintant, Au bruit des mers, Au bruit des bobres madécasses, Songe de savanes qui fument, De varangues basses teintées d’écarlate Laissant de sa couleur le long de la chaussée, Dans la ville, en immenses traînées. Flottent les lits, les oreillers, Les rideaux de batiste, Flottent les nattes et rotins de Manille, Flottent chevilles, pieds et poings Epaules, hanches et jarrets, Flottent chignons, tuniques, boucles, Grâce naïve, blanche jeunesse, Flotte bouche rose, Flotte babouche azur, Flottent les mousselines claires Comme papillon, mouchoir jaune, Les ailes en fleur ployant dans le vent… La cloche de l’église alertement tintait. « Rêve où s’animaient Des oiseaux améthyste, Rêve de brouillards frais et doux, Rêve de grand large où plonger, Rêve qui portait la houle illuminée Aux rampes de vos matins sombres, Vient se poser sur mon présent, Sur mes nuages, mes chiendents, Le sable aride de mes grèves, Votre rêve, ô morts qui me sont chers ». Extrait du recueil : ULTRAMARINE---ULTRA-MARINA Cinq poètes de France---Cinco poetas de Francia Edition Abra Pampa. Remarque : Pour réécrire ce poème, Julienne Salvat a utilisé tous les mots du célébre Manchy de Leconte de Lisle. L’idée étant de déstructurer le texte et à partir de ses éléments de donner une lecture différente d’une même réalité. Tu étais trop belle. (Huguette PAYET) Ils sont venus Et ils ont vu En plein milieu de l' Océan Quelque chose... Cette chose était belle. Des flancs contre lesquels Ils auraient bien dormi, Des pics tendus Aux gorges infinies Et que les Alizés Couvraient doucement de baisers Sous leurs yeux pleins d'envie. Cette chose sentait bon. Senteurs des Hauts, capiteuses, De l'orchidée et de l'ylang- ylang, Senteurs des Bas, plus crues, Plus salées, plus marines, Qui les faisaient déjà Doucement frissonner. Ils découvrirent alors Qu'en cette chose battait un coeur, Un coeur brûlant comme une Fournaise, Un coeur qui ne voulait qu'aimer. Cette chose, c'était Toi, mon île. Et, jeune vierge folle, Tu t'es donnée à eux De toute ta force, De toute ta santé, De toute ta pureté, Et tu les as charmés longtemps De l'écume de tes cascades, De tes rivières bouillonnantes, De tes concerts d'oiseaux. En vraie femme que tu étais, Tu as voulu tout leur donner: Lait de tes cocotiers, Chair de tes fruits sucrés, Tu étais trop belle, mon île, Tu sentais trop bon, Le sang battait trop fort dans tes veines. Ta pureté: souillée, Ta naïveté: bafouée, Adieu, ton insouciance. Ils ont arraché une à une Les fleurs qui te paraient. Guirlandes d'hortensias D'azalées et d'arums Nouées à tes poignets. Puis ils ont cassé ton collier Aux fines branches de corail. Pour te faire plus grande Dame, Enfin, ils ont couvert ta nudité D'un fourreau de béton Qui enserre ta poitrine, Et ils ont serré si fort Ta ceinture d'asphalte, Qu'à peine peux-tu encore respirer. Ils ont défait ta chevelure D'algues vertes et de forêts Aux reflets blonds et roux, Et sur ton front bronzé Ils ont planté des antennes de fer Qui te font mal . Te voilà devenue, mon île, Femme des années 2000 Harnachée pour le futur. Je sais que tu as mal. J'ai entendu, un soir, Tes sanglots étouffés, Et j'ai vu couler Sur ton nouveau visage Une larme d'acier. Sur le trottoir bleu océan Ne restera t-il au fil des ans De Toi, qu'un seul pétale de sang? Paru dans « Voix d’outremer » (Editions A.R.T 1999) REUNION... Terza rima Tout contre l'océan que midi ensoleille, L'île est toute alanguie au creux du lagon bleu Tandis que, fier gardien, le paille-en-queue la veille... Un cytise odorant, un flamboyant de feu, Explosent de couleurs sur l'immensité verte Où les martins braillards se poursuivent par jeu... Une case créole, à nos regards offerte, Expose les festons de ses blancs lambrequins, Dévoile les trésors d'une fenêtre ouverte... Puis au-delà des toits, reflets mouvants, lointains, Ondulant sous le vent, la canne souple et haute Appelle le contact de vos yeux, de vos mains, Tandis que dominant les champs, les toits, la côte, Se dressent les fiers monts qui firent autrefois De tout homme opprimé, honni, blessé, leur hôte... Joëlle BRETHES
Les partenaires La Ville de Varennes - Vauzelles La Médiathèque Municipale Le Conseil Général de la Nièvre U.A.I.C.F L’Ecole de Musique de Varennes Vauzelles Chorale Appassionato Le Rideau Rouge Association Regards Association Nivernoise de Généalogie et d’histoires L’I.M.E. des Graviers Association Amitié Malgache Nivernaise Association Mémoire de Varennes - Vauzelles C.L.S.H. de Francheville
FLORILÈGE DE TEXTES SUR LA RÉUNION (choisis par l’Association LAFÉLADI) Pour compléter les poèmes choisis, voici quelques lignes biographiques des auteurs : AUBRY Gilbert : né en 1942 à Saint-Louis (Réunion), il fut ordonné prêtre en 1970 et devint en 1976, le plus jeune évêque de France et depuis, il a en charge le diocèse de Saint-Denis. Poète, il est le chantre de la créolie mot qui qualifie l’identité culturelle créole. Il a publié : Rivages d’alizé (1971) – Poétique mascarine (1989) – Cœur brûlant (2000) HOARAU Isabelle : Poète, conteuse, romancière, Isabelle Hoarau-Joly sème activement les petites graines de poésie et son amour de la nature aux quatre horizons. Elle a aussi effectué un tour du monde en voilier avec son mari et ses deux filles. LACAUSSADE Auguste : le plus méconnu de nos poètes réunionnais (1815-1897) il est toujours resté dans l’ombre. Peut-être a-t-il été victime de l’ostracisme dû à sa nature de « bâtard »(il est né d’un blanc et d’une mulâtresse). Il a fallu attendre 2005 pour qu’un groupe d’universitaires le fasse enfin sortir de l’oubli ; désormais ses cendres reposent au cimetière de Hell-Bourg (Salazie) dans ce pays natal qu’il a si merveilleusement chanté. LAFÉLADI (Association) : Joëlle BRETHES, Claude GUILLON-LABETOULLE, Monique MERABET et Huguette PAYET écrivent poèmes, nouvelles et contes et depuis 2005 animent l’Association Laféladi pour faire découvrir aux élèves de tous âges la beauté de la poésie et les trésors de leur patrimoine créole. Elles utilisent aussi bien la langue Française que le Créole réunionnais. Charles LECONTE DE LISLE : le poète bien connu (1818-1894) puisqu’il figure dans toutes les Anthologies poétiques et occupe une bonne place dans les manuels scolaires. Il aura longuement vécu en France et aura croisé la route d’Auguste Lacaussade à Paris notamment. Il repose au cimetière de Saint-Paul sa ville natale. Julienne SALVAT : née en 1932 à Fort-de-France, elle s’est installée à la Réunion où elle a été professeur de Français dans divers lycées de l’île. Sa poésie, fortement marquée par ses origines et sa vie outre-marines résonne souvent comme un cri…
Ces photos vous donnerons une faible idée de la vie à Madagascar et de la pauvreté de ce pays.
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Comment gagner des concours Conseils d'écriture par Philippe Jeannet Le nombre d'or par J.J. Bloch Les haïkus par Dominique Chipot Connaissances
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Terre-Lune de Liliane Codant Roses-joie de Liliane Codant Nevers ou jamais Les concours littéraires L'ART BRUT ou la nature de l'homme Ils l'ont fait
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Interviews d'artistes Poésies à thème
L'amitié La différence Rêves perdus J'ai osé Ce présent qui nous entoure Dame nature Portraits
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